Champagne

Tourne, main à main, dans les yeux. Valse, solide élan qui s’envole de lui-même dans un souffle de robe. Emphase, galop, ils sont seuls, ensemble, en partance.

Valse tourne, main à main, rapide. Happés par la force du mouvement, la danse devient voltige. Leurs corps sont au bout de l’autre. Forts. Unis. Tournent encore.

L’espace perd le fil, ils se tiennent l’un à l’autre, rythme, synchronie. Leurs regards se promettent des galaxies, c’est ensemble qu’ils seront, c’est ensemble qu’ils sont, c’est ensemble qu’ils ont toujours été, valse, tourne, main à main, dans les yeux. Ils rayonnent leurs étoiles, elles se dispersent autour d’eux, légères.

Volcanique valse en coeur majeur, feu sous les pieds, cheveux en frasque, double sourire. Longtemps. Ils tournent à n’en plus finir, un seul corps jusqu’au bout des doigts. Chaleur.
Ils ne tournent plus maintenant c’est l’espace, eux sont immobiles au centre, main dans l’autre. Forte attraction sans rêves, ils dansent la lumière éclatante des fous, intriqués, illuminés, bouillonnants. Plasma. Loin haut mais deux. Ivres.

Ils sont beaux. Les voilà propulsés au coeur du monde, prêts à exploser dans leurs bras, et la valse s’arrête. Le sol reprend consistance. Les tissus atterrissent. Les mains se détachent. Leurs regards sont ancrés mais l’ivresse s’échappe. Ils étaient seuls et les voilà deux. Soudain différents, chacun porteur d’une autre réalité. La magie s’estompe, les galaxies sont loins. Fin des bons présages, c’est le moment de se rencontrer.

La musique s’est tue. La salle est comble, on se pousse pour accéder au buffet. Il reste un peu de champagne. Soudain, la demoiselle au fond a une très jolie robe rouge pour lui, et ce jeune homme là-bas est une vieille connaissance pour elle. Il et elle s’aimaient quand ils étaient un. À deux, ils s’en voudront d’être deux. Champagne. Bonjour Mademoiselle, quelle jolie robe rouge. J’ai l’impression de vous avoir déjà vu quelque part. Vous êtes charmante. M’accordez-vous cette valse ?

Laurie Thinot, 12 avril 2015